Environ 9 000 personnes ont manifesté à Besançon jeudi 5 novembre 2026, selon l’estimation communiquée par la préfecture du Doubs. Les organisations syndicales n’ont pas établi de décompte consolidé, la séparation du rassemblement en plusieurs groupes ayant compliqué le comptage. Le rendez-vous était donné à 14 heures au parking Battant, dans le cadre d’une mobilisation nationale ouverte aux salariés du public et du privé, aux jeunes et aux retraités. Les revendications concernaient notamment les salaires, le pouvoir d’achat, la défense de l’emploi et de l’industrie, ainsi que les moyens consacrés aux services publics. Des lycéens et des étudiants ont également participé à cette journée. Une partie du cortège, initialement dirigée vers la gare à l’appel de la CGT et de la CFDT, s’est réorientée vers le pont Battant pour rejoindre des jeunes bloqués dans ce secteur par le dispositif policier. L’accès au pont Robert-Schwint était lui aussi barré par des véhicules de CRS. La grève affectait également les services destinés aux familles : la municipalité avait annoncé la fermeture de 41 restaurants scolaires sur 70, de 22 sites périscolaires et de huit crèches sur quatorze. Ces chiffres correspondent aux perturbations annoncées avant la journée, et non à un bilan définitif des fermetures constatées. Le tableau d’information publié par la Ville détaillait les interruptions d’accueil du matin, du midi et de l’après-midi selon les écoles. Il annonçait également l’arrêt des navettes entre les écoles Près de Vaux et Bregille, ainsi qu’entre les écoles Tristan Bernard.

Le désaccord sur le passage du défilé dans le centre-ville s’était installé plusieurs jours avant la manifestation. Selon le communiqué préfectoral du 4 novembre, une déclaration avait été déposée le 28 octobre par FO, la FSU, la CGT et Solidaires, pour un parcours partant du parking Battant, traversant en partie le cœur de ville et se terminant place de la Révolution. Une rencontre entre la préfecture et les représentants syndicaux s’était tenue le mardi 3 novembre. Les services de l’État invoquaient notamment la protection des commerces après les faits du 17 octobre et indiquaient avoir proposé un départ place de la Révolution, solution refusée selon eux par l’intersyndicale. Faute d’accord, le préfet Rémi Bastille avait interdit la portion centrale du parcours ainsi que les rassemblements dans le centre-ville le 5 novembre, de 9 heures à minuit. L’itinéraire alternatif devait notamment emprunter les avenues Edgar-Faure, Foch et de la Paix, la rue de Vesoul, le boulevard Churchill, les avenues de Montjoux et de Montrapon, puis la place Leclerc, l’avenue Siffert et les quais avant de revenir au parking Battant. Dans un communiqué diffusé avant la mobilisation, l’intersyndicale dénonçait les restrictions imposées et les difficultés à contester une décision prise à la veille du rassemblement. Saisi d’une demande de suspension, le tribunal administratif de Besançon a rejeté le recours le jeudi 5 novembre. Selon la présentation de cette décision faite par la préfecture, le parcours alternatif permettait de préserver la liberté de manifester et la visibilité des revendications tout en limitant les risques de troubles à l’ordre public et en assurant la sécurité des participants.

Sur le terrain, le cortège s’est fragmenté et les tensions se sont concentrées autour de Battant et des accès à la Boucle. En fin d’après-midi, des palettes et une poubelle ont été regroupées devant les forces de l’ordre au pont Battant. Des jets de projectiles ont été rapportés, suivis de deux usages successifs de gaz lacrymogènes et d’interpellations. Le bilan communiqué jeudi soir par le préfet fait état de cinq personnes interpellées et de deux policiers blessés. Les informations disponibles ne précisent ni la gravité des blessures, ni les faits individuellement reprochés aux personnes arrêtées, ni les suites judiciaires éventuelles. Selon le bilan préfectoral, aucune dégradation n’avait été signalée. Les autorités et les syndicats divergent cependant sur les causes de la désorganisation. Dans son communiqué, Rémi Bastille reproche à une partie des organisations syndicales de ne pas avoir suivi le parcours autorisé, provoquant une confusion dans le secteur de Battant et exposant des manifestants à la circulation dans des rues restées ouvertes. Du côté de la FSU, Bénédicte Ponçot met en cause les décisions tardives et les refus opposés aux propositions des organisateurs. « La préfecture désorganise ce que nous organisons », déclare-t-elle à L’Est Républicain. La représentante syndicale estime que les conditions imposées ont compromis l’organisation du rassemblement. Cette journée de forte mobilisation laisse ainsi persister un désaccord sur l’encadrement des défilés et les conditions d’exercice du droit de manifester dans le centre de Besançon.