La journée de mobilisation nationale du mardi 29 septembre a pris une tournure particulièrement tendue à Belfort, où près de 300 jeunes des lycées Condorcet et Raoul-Follereau se sont retrouvés dès le début de la matinée. Le rassemblement a commencé vers 8 heures : des élèves de Condorcet sont notamment partis à la rencontre de ceux de Follereau avant de revenir vers le secteur de la rue du Président-Roosevelt et de la rue du Général-Folz. Des poubelles récupérées avenue Renaud-de-Bourgogne ont alors été utilisées pour former des barricades, tandis qu’une partie des élèves ne souhaitant pas participer au mouvement est restée à l’intérieur de l’établissement. Face à plusieurs centaines de manifestants, une douzaine puis une quinzaine de policiers ont été mobilisés et la situation s’est progressivement crispée. Selon les informations rapportées sur place, des mortiers ont été lancés en direction des forces de l’ordre, qui ont répondu à plusieurs reprises par l’emploi de gaz lacrymogène pour repousser les groupes. Après une dernière sommation vers 10 heures, deux nouvelles grenades lacrymogènes ont été utilisées. Des bouteilles contenant de l’acide chlorhydrique auraient également été projetées en direction des policiers, un élément rapporté par la presse locale et évoqué ensuite au niveau national. Devant l’évolution de la situation, le préfet du Territoire de Belfort, Alain Charrier, a activé le Centre opérationnel départemental afin de coordonner les différents services mobilisés. Les tensions se sont prolongées dans la journée : après un passage et un sit-in devant Follereau, des jeunes sont revenus dans le secteur de Condorcet dans l’après-midi, où un feu de poubelle a nécessité l’intervention des sapeurs-pompiers sous protection policière. Le bilan communiqué dans la soirée fait état de 13 personnes interpellées et 12 placées en garde à vue.
Au-delà des affrontements, la mobilisation belfortaine s’inscrit dans un mouvement lycéen beaucoup plus large portant d’abord sur les conditions d’enseignement. Les revendications exprimées depuis plusieurs jours à travers la France concernent notamment le manque de professeurs et de personnels, les classes jugées trop chargées, les emplois du temps, l’état de certains établissements et la pression associée à Parcoursup. À Belfort, des élèves ont également fait état de difficultés liées à leur environnement scolaire et aux absences d’enseignants. Le mouvement, apparu le 21 septembre au lycée Saint-Exupéry de Créteil autour de postes d’enseignants non pourvus, s’est rapidement propagé avant l’appel de l’Union syndicale lycéenne à multiplier les blocages le 29 septembre, parallèlement à la journée nationale de mobilisation de la fonction publique. Le ministère de l’Éducation nationale recensait mardi 338 lycées perturbés à travers le pays, soit une nette progression par rapport aux quelque 180 établissements concernés la veille. Dans le Nord Franche-Comté et plus largement en Franche-Comté, Belfort n’a d’ailleurs pas été un cas isolé : des perturbations ont été signalées au lycée Germaine-Tillion de Montbéliard et au lycée Mandela d’Audincourt ; à Besançon, environ 150 élèves se sont mobilisés devant Pasteur et près de 300 devant Pergaud, tandis qu’un autre rassemblement avait lieu à Jules-Haag. À Vesoul, une soixantaine de jeunes étaient présents tôt le matin devant le lycée des Haberges. Cette mobilisation lycéenne s’est déroulée en parallèle du mouvement de la fonction publique : à Belfort, l’intersyndicale avait appelé les agents à se rassembler à 10 heures devant la Maison du peuple pour réclamer notamment davantage de moyens humains et financiers dans les services publics, des créations de postes et une revalorisation des rémunérations. La journée du 29 septembre aura donc superposé à Belfort deux mobilisations distinctes mais concomitantes : celle des personnels de la fonction publique et celle d’une partie de la jeunesse scolarisée, cette dernière ayant débouché localement sur des incidents et une réponse policière particulièrement importante.





















